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Réforme : comment les organismes adaptent leur offre de formation?

Suppression du 0,9%, fin des critères d’imputabilité des dépenses, prise en compte de la qualité… La réforme rebat les cartes de la formation professionnelle. Les organismes sont mis au défi de proposer une offre plus souple et moins coûteuse avec des approches digitalisées et personnalisées. Tour d’horizon des principales innovations.
La course à la certification

Sans attendre la liste référençant les labels et certifications qui sera établie par le Conseil national de l'emploi, de la formation et de l'orientation professionnelles (Cnefop), les prestataires s’engagent dans des démarches qualité. La plupart, comme Elegia ou First Group, tentent de décrocher le label OPQF (Office professionnel de qualification des organismes de formation) délivré par l’ISQ (Organisme professionnel de qualification de prestations de services intellectuels) et encouragé par la FFP (Fédération de la formation professionnelle). Mais d’autres sésames existent comme les normes Afnor ou ISO (Organisation internationale de normalisation). La démarche n’est pas anodine. Alors que l’offre de formation est souvent qualifiée d’hétérogène ou d’illisible, cette opération "qualité" vise à sortir du lot. Elle sera également très utile, en janvier 2017. C’est à cette date que les Opca devront s’assurer que les formations financées via leurs fonds répondent aux critères de qualité édictés par le décret du 30 juin dernier. A charge, en effet, pour eux de développer leurs propres critères de contrôle ou, solution très probable, de s’appuyer sur ces labels.

Reste que la démarche est chronophage : "ce sésame nécessite près de deux mois de travail en amont", affirme Sophie Bolloré, présidente directrice générale de Docendi, spécialisé dans les formations en management, commerciales et développement personnel. Surtout, "les contrôles sont aujourd’hui plus poussés, ajoute Michel Belli, directeur général d’Orsys. Il faut montrer patte blanche. Autrement dit, fournir, outre les informations financières et celles justifiant de la compétence des formateurs, de nombreux attestations de clients satisfaits des prestations réalisées". Ensuite ? Rien n’est acquis. "Ce label doit être renouvelé tous les quatre ans, confirme Christophe Quesne, directeur associé de Quilotoa (communication et efficacité professionnelle) qui réfléchit, de son côté, à compléter le label OPQF par une certification NF, décernée par l’Afnor. On peut aussi être disqualifié". Mille prestataires auraient décroché ce label sur plus de 55 000 organismes de formation, contre à peine 200 pour la norme NF services et 150 pour la norme Iso.

La montée du blended-learning

Ne pas rater le coche, tel est le leitmotiv des organismes de formation.  "La montée du blended learning est une nécessité pour rester sur le marché", poursuit Christophe Quesne. Parmi les atouts mis en avant : la réduction de la durée du stage et donc des coûts de formation. Elegia a enrichi son catalogue d’une offre qui mixte présentiel (7 heures) et e-learning (7 heures) pour les formations techniques et comportementales (contre 14 heures auparavant en présentiel). Le prix de vente est plus avantageux de 30% (970 euros, contre 1380 euros initialement). Quilota propose désormais une offre de formation d’une journée, contre 2 jours auparavant, complété par du e-learning. 10 000 euros ont toutefois été nécessaires pour réussir la transformation digitale. Orsys s’est, de son côté, entouré de prestataires spécialisés, OpenClassrooms (pour les Mooc), 360Learning (pour la digitalisation des contenus) ou encore CrossKnowledge (solutions e-learning) pour développer des parcours qui incluent à la fois des Mooc, des serious games et des vidéos.

Seul obstacle : "il faut lever les réticences de certains formateurs", note Christophe Quesne. Le digital transforme leur métier et réduit du même coup la durée de leur prestation.

L’enjeu des formations certifiantes

Autre tendance lourde : la multiplication des formations qualifiantes ou certifiantes, seules compatibles avec le compte personnel de formation. Avec, à la clef, plusieurs stratégies. Outre ses 80 titres certifiants, Elegia a noué, par exemple, des partenariats avec l’IAE de Caen et l’université Paris-Dauphine pour proposer un MBA (management des ressources humaines), un master 2 (GRH) et un diplôme universitaire de gestion et administration de la paie. First group est également en discussion avec des écoles de commerce. L’organisme Orsys propose, lui, sept formations certifiantes en informatique, validées par la commission paritaire nationale de l’emploi du Fafiec. Et il entend poursuivre sur cette lancée : tous les cursus spécialisés en sécurité informatique, gestion des risques, gestion de projets, management agile ou bureautique devraient progressivement devenir certifiants. Soit une cinquantaine de formations en perspective.

"Mais la reconnaissance des formations relève parfois du parcours du combattant", remarque Marie-Pierre Darthayette, directrice générale Soco Academy, à Biarritz, qui a dû patienter plus de quatre ans pour traduire auprès de la Commission nationale de la certification professionnelle (CNCP)  la formation de socio-coiffure (coiffeur dans le secteur médical et médico-social) en titre professionnel de niveau IV proposé par son organisme. Reste encore une dernière étape : l’inscription de ce titre sur la liste professionnelle élaborée par la branche de coiffure. Condition sine qua non pour être éligible au CPF. Or, celle-ci n’a toujours pas rendu sa copie.

Les autres innovations pédagogiques

Les organismes misent aussi de plus en plus sur les plateformes collaboratives. "Grâce à ces outils, le contact n’est pas perdu entre les séances de formation. Cela facilite la continuité de la formation et le travail en réseau entre les stagiaires, assure Vincent Raymond, PDG de First Group. Y compris pour les formations inter-entreprises".

Autre marqueur : l’accompagnement individualisé. C’est par exemple le parti pris de Docendi. "Avant et après la formation, chaque participant bénéficie d’un accompagnement personnalisé et interactif, insiste Sophie Bolloré. En amont, il auto-évalue ses compétences et se fixe des axes de progrès avec son manager. En aval, il valide et réévalue la transférabilité des acquis". En outre, chaque stagiaire peut contacter son coach pendant trois mois après la formation. "Les participants ne veulent pas seulement un savoir mais une réponse individualisée par rapport au contexte de leur entreprise", ajoute Sophie Bolloré.

Calculer le retour sur investissement

C’est un point clef de la réforme : évaluer l’efficacité pédagogique de ces dispositifs pour les crédibiliser. "Tout l’enjeu est de permettre au responsable de formation de présenter à son Daf une mesure fiable et efficace des dispositifs de formation", relève Catherine Johnston, directrice générale adjointe d’Elegia. La question de l’investissement formation est, d’ailleurs, au centre des débats qui se tiennent actuellement au sein d’une commission présidée par Jean Wemaëre, président de la FFP et président fondateur du groupe Demos. Initiée par les ministères de l’économie, du travail et de l’emploi, elle réunit des représentants d’entreprises, des syndicats et des régions. Objectif : mettre en place des indicateurs témoignant de l’impact de la formation sur l’activité économique. "Par exemple, si un salarié a suivi une formation à la sécurité, une façon de mesurer le retour sur investissement serait d’apprécier si pannes et incidents ont été réduits de façon significative six mois après", indique Jean Wemaëre. En attendant les résultats qui devraient être dévoilés en début d’année prochaine, plusieurs prestataires ont pris les devants. First Group travaille, par exemple, avec les directions métiers des entreprises pour cibler très concrètement les objectifs attendus en formation. Elegia a, de son côté, fait le choix de former tous ses consultants à la méthode "Kirkpatrick" (du nom d’un chercheur américain). "Ce système définit sur une échelle de quatre niveaux l’évaluation de la formation en termes de satisfaction, d’acquis, de transferts en situation de travail et de performance", explique Catherine Johnston. D'où la possibilité pour le RF de valoriser les bénéfices de la formation. Un argument de poids pour convaincre direction générale et Daf de l’intérêt d’un versement identique pour le plan de formation 2016 en l’absence de contribution obligatoire. Chiffres à l'appui.

Anne Bariet
Ecrit par
Anne Bariet